L’impact sur l’emploi sera clairement positif dans le secteur de la construction, mais partiellement (voire complètement?) au détriment d’autres secteurs.

Impact clairement positif sur l’emploi dans le secteur de la construction

Les mesures contenues dans la nouvelle loi sur l’énergie, telles que le Programme Bâtiment ou les subventions pour la production d’électricité renouvelable (notamment pour le photovoltaïque), auront un impact clairement positif sur l’emploi dans le secteur de la construction. Pour être rigoureux, il faudrait toutefois comparer avec le cas du refus de la nouvelle loi. Si, dans ce cas, des centrales nucléaires sont construites pour remplacer les anciennes quand elles arrivent en fin de vie, alors cela aura aussi un impact positif sur l’emploi dans le secteur de la construction. Cet impact sera toutefois nettement plus faible, car il faut beaucoup moins construire pour obtenir la même quantité d’énergie par une centrale nucléaire. Si la production nucléaire est simplement remplacée par des importations d’électricité, cela ne créera aussi guère d’emploi dans la construction. Accepter la nouvelle loi créerait donc de l’emploi dans le secteur de la construction en comparaison avec le scénario d’un refus, et ceci quelles que soient les modalités du scénario de refus.

Impact vraisemblablement négatif sur l’emploi dans d’autres secteurs

L’argent qui sera dépensé pour l’efficience énergétique et les énergies renouvelables ne le sera pas ailleurs, ce qui aura un impact négatif sur l’emploi dans ces secteurs. Dans la mesure toutefois où la nouvelle loi sur l’énergie conduira à une baisse des importations plutôt que de la consommation dans d’autres secteurs, cela aura un impact globalement positif sur l’emploi en Suisse. Par ailleurs, il peut y avoir un impact sur le tourisme. Le sens de cet impact dépend notamment de savoir si les éoliennes attirent les touristes ou les repoussent.

Impact ambigu sur les importations

La nouvelle loi sur l’énergie aura un impact à la baisse sur les importations d’énergie fossile et d’uranium, mais vraisemblablement partiellement compensée par une hausse sur les importations d’électricité puisque les mesures proposées dans la loi ne permettront que partiellement de compenser la sortie du nucléaire.

La nouvelle loi aura aussi un impact à la baisse sur les importations de biens et services dans la mesure où l’argent désormais consacré à l’efficience énergétique et aux énergies renouvelables aurait été dépensé pour ces importations. Cet effet sera partiellement compensé par le fait que les dépenses pour l’efficience énergétique et les énergies renouvelables comportent aussi une part d’importation (les panneaux photovoltaïques peuvent par exemple être importés). On peut toutefois présumer que le contenu en importations de l’argent dépensé pour l’efficience énergétique et les énergies renouvelables est plus faible compte tenu des coûts de construction et installation (les entreprises de construction indigènes bénéficient d’un avantage pour construire en Suisse).

Les réglementations et le financement de la politique énergétique pourraient rendre nos entreprises moins compétitives. Cet effet est réduit par le fait que les entreprises les plus exposées ne paient pas la taxe CO2 ni le supplément sur l’électricité (qui leur est remboursé). Cet effet peut aussi être réduit dans le cas, probablement moins fréquent, où cette loi les conduit à mettre en œuvre des mesures rentables qu’elles auraient négligées (il existe toutefois des moyens moins intrusifs pour promouvoir des mesures qui sont déjà rentables sans subventions). En promouvant l’efficience énergétique et les énergies renouvelables, la nouvelle loi favorisera l’innovation dans ces domaines et donc la compétitivité. Quelle est l’ampleur de cet impact? Dans quelle mesure se fera-t-il au détriment d’autres secteurs? Il est difficile de répondre à ces questions. Un impact globalement positif sur l’innovation pourrait conduire à une augmentation de nos exportations. Ainsi, la réputation des entreprises suisses en matière hydraulique a vraisemblablement été bâtie lors de la construction de nos grands barrages dans une Suisse château d’eau de l’Europe. Mais l’effort important de l’Allemagne pour installer du photovoltaïque n’a pas empêché la Chine de dominer la construction de panneaux photovoltaïques. Il convient de rester prudent concernant l’impact de la nouvelle loi sur l’innovation, et plus encore de cette innovation sur l’emploi.

Au cas où le bilan est positif pour notre solde commercial, alors cela réduit l’impact négatif sur l’emploi dans les secteurs hors construction en Suisse. L’impact global des différents facteurs sur notre solde commercial n’est toutefois pas évident. D’autant plus qu’il faut tenir compte de l’impact via le taux de change: une augmentation de la demande domestique par les résidents tend à apprécier le franc, ce qui encourage les importations et décourage les exportations. La nouvelle loi pénaliserait ainsi les secteurs qui ne bénéficient pas des investissements induits par la nouvelle loi, mais sont frappés par l’appréciation du franc (en plus du coût direct de la politique énergétique). La Banque Nationale pourrait certes combattre cette appréciation en menant une politique monétaire expansive, mais cela n’est pas aisé actuellement dans un contexte de taux d’intérêt bas. Même quand la situation monétaire redeviendra normale, l’action de la Banque Nationale pourrait engendrer une inflation qui compense entièrement son impact sur le taux de change nominal et l’empêche à terme d’agir sur le taux de change réel.

Réduire les importations n’est pas nécessairement souhaitable

Réduire des importations n’est pas en soi nécessairement souhaitable pour la Suisse. Si tel était le cas, l’argument vaudrait aussi pour d’autres types d’importation et plaiderait de façon générale pour une politique protectionniste. Je ne peux ici aborder de façon générale et approfondie les avantages et inconvénients du commerce international. Mais il est toutefois clair que le commerce international est souvent globalement avantageux. Qu’une politique réduise les importations ne suffit donc pas pour la rendre économiquement souhaitable. Concernant plus spécifiquement les importations d’énergie, il est clairement préférable de réduire ces importations si cette énergie est gaspillée. Dans la mesure toutefois où améliorer l’efficience ou remplacer ces importations par des sources d’énergies indigènes serait coûteux, il peut être économiquement préférable d’importer cette énergie. Ceci est d’autant plus vrai qu’actuellement les énergies fossiles sont bon marché et que l’électricité est bradée sur les marchés de gros. Le marché de l’énergie connait toutefois d’importantes défaillances de marché. Ainsi, tous les coûts ne sont pas inclus dans les prix (en particulier les coûts environnementaux), ce qui conduit à une surconsommation. Dans ces conditions, s’écarter du fonctionnement spontané du marché peut être efficient. Mais il est difficile de savoir quelle ampleur de cet écart est économiquement justifiée.

Augmentation de l’emploi aux dépens d’autres secteurs ou grâce à une plus forte immigration

Le taux de chômage étant relativement faible en Suisse, l’augmentation de l’emploi dans le domaine de la construction sera réalisée essentiellement en attirant des employés d’autres branches ou des immigrants (davantage d’immigrants que sans la nouvelle loi aurait aussi pour conséquence de compenser en partie la baisse de demande dans certains secteurs que la nouvelle loi pénalise). Une augmentation de l’emploi dans le domaine de la construction aux dépens d’autres branches n’est pas nécessairement souhaitable. Quant à une plus grande immigration, les réticences de la population sont connues.

Etudes

Dans l’étude “Energiestrategie 2050 – volkswirtschaftliche Auswirkungen” (malheureusement disponible qu’en allemand) publiée en 2012, Ecoplan trouve un léger impact négatif sur le PIB et l’emploi (voir page 10).

La question de l’emploi ne devrait pas constituer un critère prépondérant pour accepter ou refuser la nouvelle loi

Compte tenu de toutes ces incertitudes, il est difficile d’utiliser l’impact de la nouvelle loi sur l’emploi comme argument pour ou contre la nouvelle loi. C’est d’autres critères qui sont prépondérants.

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