Puisque l’initiative des Verts qui prévoyaient une interdiction d’exploiter une centrale nucléaire plus de 45 ans a récemment été rejetée en votation populaire, nous ne discutons ici que l’option de renoncer à la construction de nouvelles centrales nucléaires tout en laissant fonctionner les centrales actuelles jusqu’à leur fin de vie.

Pour décider s’il convient de renoncer au nucléaire, il ne faut pas tant de comparer ses coûts (coûts financiers, risques) avec ses bénéfices (électricité produite), mais comparer un scénario de poursuite du nucléaire avec des alternatives. Ces alternatives comportent vraisemblablement un mélange de différentes options telles que i) réduction de la consommation par amélioration de l’efficience (obtenir les mêmes prestations finales, par exemple une prestation de chauffage, avec moins d’énergie) ou réduction des prestations (exemple: réduction du confort thermique), ii) autres sources d’électricité (importations, ou électricité produite par d’autres mode de production, par exemple à partir d’énergie renouvelable ou d’énergie fossile) et iii) substitution de l’électricité par d’autres énergies.

Remplacer la production des centrales nucléaires suisses par de l’électricité importée?

Cette option serait particulièrement avantageuse économiquement si les prix de l’électricité restent bas en Europe. Les principales objections sont de deux types. Un argument éthique est invoqué selon lequel il ne serait pas acceptable de refuser le nucléaire en Suisse tout en important de l’électricité d’origine nucléaire (transfert partiel du risque nucléaire à d’autres pays) ou fossile (risque climatique). Le second argument porte sur la sécurité d’approvisionnement. Certes, actuellement déjà la Suisse n’est pas autarcique dans le domaine de l’électricité même si elle produit annuellement environ autant qu’elle consomme. En effet, la Suisse produit en été davantage que ce qu’elle consomme (elle exporte) et moins en hiver (elle porte). De plus, le commerce international d’électricité permet une utilisation plus rentable de nos barrages d’accumulation: l’électricité bon marché est utilisée lorsqu’elle est abondante pour pomper de l’eau dans les barrages d’accumulation qui sera turbinée lorsque l’électricité est plus chère*. Ceux qui s’opposent au remplacement des centrales nucléaires par de l’importation pour des raisons de sécurité d’approvisionnement ne demandent pas l’autarcie, mais veulent limiter la dépendance de la Suisse sur ses importations d’électricité**. Que craignent-ils exactement, alors que l’électricité est abondante et bon marché et que de toute façon la Suisse en tant que pays riche pourrait payer cette électricité aussi bien que d’autres pays même si elle devait devenir plus chère? Craignent-ils qu’en cas de grave pénurie nos voisin interdisent l’exportation d’électricité vers la Suisse? Prévoient-ils que le marché de l’électricité de l’électricité européen sera mal géré et aboutira à des pénuries ou qu’il s’avérera à terme que pour que ce marché fonctionne il faudra le centraliser ou uniformiser les politiques énergétiques au-delà de ce que la Suisse désire? Ceci est rarement explicitement dit, mais la préoccupation pour la sécurité d’approvisionnement semble très présente.

Inciter à augmenter l’efficience énergétique?

La possibilité de réduire les prestations a été mentionnée ci-dessus par souci d’exhaustivité. Elle semble toutefois être actuellement très loin de disposer d’une majorité de partisans. Fournir ces prestations avec moins d’énergie est par contre relativement populaire. A condition que cela ne coûte pas trop cher. Car augmenter l’efficience énergétique présente un coût. Les économistes considèrent en général que nous investissons moins dans l’efficience énergétique que ce qui serait optimal. Ils partent en effet de l’idée que chacun investit tant que c’est rentable. Mais cette rentabilité est déterminée par un prix de l’énergie qui n’intègre pas tous les coûts liés à l’énergie (risques, pollutions, etc.). Une solution consiste à augmenter le prix de l’énergie par une taxe pour internaliser ces externalités. Une telle taxe existe actuellement en Suisse pour le CO2 (sauf que son taux n’est pas calibré sur des externalités difficiles à quantifier). Les propositions de taxes sur l’énergie subissent toutefois souvent des revers politiques (refus de l’initiative des Vert’libéraux qui visait à remplacer la TVA par une taxe sur l’énergie, rejet par le Conseil national du projet de taxes incitatives du Conseil fédéral). Même si les explications de ces revers diffèrent en fonction des modalités des projets, leur répétition suggère que le diable se cache dans les détails. Dans la mesure où l’insuffisance des investissements en efficience énergétique est due à d’autres causes, telles que le manque d’information ou la répartition des compétences entre propriétaires et locataires, des réponses peuvent être cherchées à ce niveau. Il peut aussi être utile d’encourager la recherche et le développement dans ce domaine.

Développer les énergies renouvelables?

Les énergies renouvelables présentent l’avantage d’être renouvelables (ce qui est positif d’un point de vue écologique) et d’être disponibles en Suisse (ce qui est positif du point de vue de la sécurité d’approvisionnement). Pour les développer, une option consiste à augmenter les subventions et à faciliter leur mise en œuvre (autorisation de construire). Il peut aussi être utile de promouvoir l’information et la recherche et développement. Les objections portent sur le coût des subventions et la protection du paysage. Le coût des subventions pour l’électricité renouvelable est actuellement financé par un supplément de 1.5 ct/kWh. La question de la protection du paysage est surtout avancée pour les éoliennes qui sont souvent construites en pleine nature, alors que le photovoltaïque est typiquement placé dans le domaine construit (sur des toits). Si l’on choisit cette voie, faudra-t-il subventionner indéfiniment l’électricité renouvelable ou deviendra-t-elle à terme rentable (en comparaison, quel serait le prix de nouvelles centrales nucléaires)? Notons de plus que l’énergie renouvelable est intermittente et qu’elle n’est donc pas directement comparable à la production en ruban des centrales nucléaires. Cela pose la question de l’impact sur le réseau de transport d’électricité, des capacités de production qui doivent prendre le relais lorsqu’il n’y a ni soleil ni vent, ainsi que des possibilités de stockage. Les éoliennes présentent l’avantage de produire particulièrement en hiver alors que la production suisse est faible et la demande élevée.

Remplacer l’électricité par d’autres formes d’énergie?

Notons d’abord que les autres sources d’énergie ont aussi leurs problèmes, par exemple le risque climatique lié aux énergies fossiles. En théorie, on pourrait réduire la consommation d’électricité en utilisant d’autres formes d’énergie. Cela n’est bien sûr pas possible pour toutes les applications: un ordinateur ne fonctionne pas au gaz naturel. On pourrait par contre remplacer le chauffage électrique par un chauffage au mazout ou au gaz. La tendance va toutefois en sens inverse: remplacer les énergies fossiles par de l’électricité. Ceci pour des raisons d’efficience: les pompes à chaleur électriques sont plus efficientes que les chaudières, les moteurs électriques plus efficients que les moteurs à combustion. Il n’est pas impossible qu’il soit plus efficient d’utiliser plus largement l’électricité quitte à en produire une partie avec l’énergie fossile ainsi économisée (si tel est le cas ou non dépend notamment de la possibilité d’utiliser les rejets de chaleurs des centrales thermiques).

 

(*) Typiquement, l’eau était pompée la nuit et turbinée pour satisfaire la pointe de consommation de midi. Avec le développement du photovoltaïque qui, par journée ensoleillée, produit particulièrement en mi-journée, ce modèle d’affaires doit être révisé.

(**) Comme il n’y a pas de mine d’uranium en Suisse, la production d’électricité nucléaire en Suisse est dépendante des importations d’uranium. Cette énergie est toutefois extrêmement concentrée. Il est donc aisé de disposer d’un stock pour pouvoir faire face à une interruption transitoire. De plus, les pays qui disposent de mines d’uranium ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux qui disposent de réserves d’énergies fossiles, ce qui permet de diversifier les risques de rupture d’approvisionnement en énergie.

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